Avril 1998 vol. 1, no 7

 Projets du CCDACFÉA sur les gaz à effet de serre

À l’origine, le CCDACFÉA a été mis sur pied pour étudier l’utilisation finale de l’énergie dans le secteur agricole. Le centre poursuit ses efforts en vue de collecter et d’analyser des données portant sur l’utilisation finale de l’énergie en agriculture. Compte tenu de la croissance que connaît le CCDACFÉA, ses activités de recherche comprennent désormais l’examen de l’incidence des pratiques culturales et des profils de consommation d’énergie sur les émissions de gaz à effet de serre (GES). Dans le contexte des pratiques agricoles, les GES constituent des sous-produits directs de la consommation d’énergie. L’objectif de ce nouveau domaine de recherche consiste à circonscrire les sources et les puits de GES du secteur agricole et à proposer des solutions de rechange sur le plan des pratiques culturales et des profils de consommation d’énergie, qui visent à réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Les gaz à effet de serre et le réchauffement du globe

L’effet de serre est tout à fait réel; il s’agit d’un phénomène naturel. Certains gaz emprisonnent les rayons infrarouges ou la chaleur de l’atmosphère. Ces gaz à effet de serre et, par le fait même, l’effet qu’ils produisent sont cruciaux du point de vue de la vie humaine. Si ce n’était d’eux, la température à la surface de la terre serait plus basse de 30 °C. La controverse qui règne actuellement à ce sujet porte sur la question de savoir si l’accumulation de GES provenant des activités humaines entraînerait une hausse de la température de la terre au-delà du niveau naturel.

Les changements climatiques et l’agriculture

La préoccupation au sujet des GES provient de leur incidence sur les conditions météorologiques. Peu d’industries sont aussi susceptibles d’être touchées par les changements climatiques que l’agriculture. L’on s’attend à ce que le taux d’émissions par évaporation augmente à l’échelle planétaire. Les changements de ces cycles auront des effets sur le secteur agricole. Les prévisions indiquent un accroissement des précipitations dont le taux d’évaporation sera plus élevé, ce qui signifie une réduction de l’humidité emmagasinée durant la saison de croissance. Dans le secteur agricole, le défi consiste à développer des techniques agricoles durables pour s’adapter à ces nouvelles conditions météorologiques. Malgré que les météorologistes prévoient que les changements climatiques entraîneront un assèchement des sols plus prononcé, certains facteurs viendront compenser cet effet. Dans les parties plus froides du globe, comme le Canada, des températures plus chaudes pourrait allonger la saison de croissance. En outre, des niveaux de dioxyde de carbone plus élevés pourraient produire un effet fertilisant qui permettrait à la végétation de croître plus rapidement. Enfin, des niveaux plus élevés de CO2 pourraient faire en sorte que la végétation utilise l’eau de façon plus efficiente. Ces avantages compenseraient l’effet d’assèchement des sols.

L’inventaire des gaz à effet de serre

Il existe un certain nombre de « gaz à effet de serre » importants, notamment le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4) et l’oxyde nitreux (N2O). La vapeur d’eau est également un GES, mais les activités humaines n’exercent pas d’influence directe sur elle. Ces gaz naturels comptent pour moins du dixième des gaz de l’atmosphère. L’oxygène correspond à environ 21 pour cent, tandis que l’azote compte pour environ 78 pour cent.

Selon des données estimatives tirées de l’inventaire national des émissions de gaz à effet de serre d’Environnement Canada, les activités agricoles seraient à l’origine d’environ 39,2 millions de tonnes de dioxyde de carbone. Consulter le site http://www.nstn.ca.

L’oxyde nitreux est un GES produit naturellement par une vaste diversité de sources biologiques dans le sol et l’eau. Bien que les émissions de N2O soit plus faibles que celles de CO2, la capacité de N2O d’emprisonner la chaleur de l’atmosphère sur une période de 100 ans est d’environ 310 fois supérieure à celle du CO2. La gestion des sols, l’emploi de fertilisants et la combustion de combustibles fossiles représentent les activités humaines qui produisent le plus de N2O. Dans le secteur agricole, les pratiques de gestion des sols telles l’irrigation, les travaux des champs ou la jachère influencent les flux de N2O vers le sol ou vers l’atmosphère. L’incinération des résidus de culture et des changements d’utilisation du sol constituent d’autres activités qui produisent de N2O.

La contribution d’ensemble du méthane au réchauffement du globe est considérable en raison du fait que sa capacité d’emprisonner la chaleur de l’atmosphère sur une période de 100 ans serait 21 fois supérieure à celle du CO2. Environ 30 pour cent de l’ensemble des émissions de méthane proviennent du secteur agricole. La fermentation intestinale du cheptel vif et l’utilisation du fumier constituent les activités qui produisent la majorité de ces émissions. D’autres activités agricoles qui produisent du méthane comprennent la culture du riz et l’incinération des résidus de culture.

Le cycle du carbone

Le cycle du carbone dans son ensemble comporte les échanges gazeux et les gaz stockés dans des réservoirs. Lorsque du carbone est rejeté dans l’atmosphère, il s’agit d’un échange ou d’une source. Par ailleurs, les océans, le sol et les arbres servent de puits ou de réservoirs de carbone. Au point d’équilibre, un type de flux de carbone contrebalance l’autre. Depuis la révolution industrielle, les échanges ou sources de carbone ont augmenté, surtout à cause de la combustion de combustibles fossiles. Les activités culturales du secteur agricole font appel à de grandes quantités de combustibles fossiles. La gestion des ressources en sols peut modifier la proportion d’émissions des gaz présents en quantité infime et ramener le cycle au point d’équilibre. Des approches telles la transformation de terres naturelles en terres labourables, le drainage agricole des mouillères et la restauration des herbages ou des forêts ont un effet sur l’équilibre du cycle des GES.

 La gestion agricole

L’interaction entre les conditions météorologiques et l’agriculture soulève des questions d’atténuation des impacts et d’adaptation. Les conditions climatiques ainsi que la disponibilité de l’eau déterminent les combinaisons possibles d’activités culturales et d’activités liées au cheptel. Si, de façon générale, le temps se réchauffe, les exploitants agricoles pourraient s’orienter vers des types de cultures et de cheptels qui sont l’apanage des régions méridionales. L’assèchement accentué des sols pourrait inciter les exploitants agricoles à avoir davantage recours à l’irrigation. L’adaptation aux changements climatiques pourrait se faire au détriment de l’environnement. Dans les régions pourvues de terres arables, les activités culturales pourraient s’étendre à des zones où croissent à l’heure actuelle des forêts naturelles. Selon toute vraisemblance, les changements climatiques viendront également modifier la portée géographique et la composition des végétaux des écosystèmes septentrionaux. Emprisonner le carbone dans les sols et gérer de façon appropriée les sources de carbone du secteur agricole constituent des possibilités de réduire les émissions provenant de l’agriculture. Par ailleurs, augmenter le rendement des cultures, réduire l’étendue de la jachère, diminuer les travaux des champs, réduire l’utilisation de combustibles fossiles, améliorer la manutention et l’entreposage du fumier, rehausser l’efficience de l’engrais azoté et améliorer la technologie de l’alimentation des ruminants représentent des pratiques culturales de rechange. Ces pratiques permettent non seulement de contrôler les émissions, mais comportent également des avantages sur le plan environnemental tels une meilleure qualité des sols et de l’eau.

 La politique gouvernementale

Selon Environnement Canada, le pays serait responsable de 2 pour cent des émissions du globe. Consulter le site http://www.es.nrcan.gc.ca. À l’occasion de la Convention cadre sur le changement climatique des Nations Unies de 1992, le Canada et d’autres pays développés se sont engagés à mettre en oeuvre des programmes et des mesures afin de ramener les émissions de gaz à effet de serre aux niveaux de 1990 d’ici l’an 2000. Cet objectif sera difficile à atteindre. Pour concrétiser cet engagement, les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux ont élaboré le Programme d’action national sur les changements climatiques. À la première réunion de la Conférence des parties à la Convention cadre en 1995, les participants ont reconnu que l’objectif initial de la Convention était irréaliste. Ils sont convenus qu’un nouvel engagement devrait être précisé d’ici la troisième Conférence des parties à Kyoto.

Le 10 décembre 1997, les négociations ont débouché sur un nouvel accord international. Le Canada s’est engagé à réduire ses émissions de GES de 6 pour cent par rapport aux niveaux de 1990 entre 2008 et 2012. Toutefois, avant que le Canada ne ratifie le Protocole de Kyoto, les premiers ministres ont déterminé la tenue d’un processus de consultation où les administrations publiques et les parties intéressées évalueront l’incidence socio-économique des mesures nécessaires pour atteindre l’objectif fixé par le Protocole de Kyoto. Consulter le site http://ipcc-ddc.cru.uea.uk/.

À la suite de l’accord de Kyoto, le Canada élabore une stratégie de mise en oeuvre nationale. Cette stratégie sous-entend la coordination des interventions de plusieurs ordres de gouvernement. Les premiers ministres établiront l’orientation en matière de changements climatiques. D’autre part, les ministres de l’Énergie et de l’Environnement fédéraux, provinciaux et territoriaux jaugeront la réaction du Canada aux changements. Enfin, d’autres organismes fédéraux, provinciaux et territoriaux, notamment les ministres des Transports et de l’Agriculture, traiteront des mesures liées à leur mandat particulier.

Le Comité de coordination national sur les problèmes atmosphériques (CCNPA) facilitera l’établissement de liens entre les « tables de concertation ». Ces groupes sont des comités chargés d’examiner des aspects particuliers relatifs aux gaz à effet de serre. Une table est un groupe restreint d’intervenants et de représentants gouvernementaux dont le mandat consiste à étudier certaines questions. Chaque table préparera un rapport qui sera présenté au CCNPA. Le gouvernement fédéral espère que cette possibilité offerte à des intervenants hors du secteur public de participer au processus de consultation permettra d’en arriver à des solutions qui tiendront compte des préoccupations de toutes les parties prenantes. Un certain nombre de tables ont déjà été formées dont celles portant sur la modélisation et l’analyse, les transports, l’électricité, l’échange d’émissions à l’échelle internationale, la technologie, les puits, les crédits accordés aux interventions hâtives et la sensibilisation du public. D’autres tables seront établies au fur et à mesure que l’on cernera d’autres aspects à examiner.