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Confiant de voir son gouvernement libéral reconduit, le Premier ministre Louis St. Laurent appelle les Canadiens aux urnes le 10 juin 1957. St. Laurent est personnellement très populaire, possède un gouvernement expérimenté et de nombreux Canadiens voient les Libéraux comme ceux qui ont amené la période de prospérité économique de l'après-guerre au Canada. Mais, convaincus que les Libéraux, au pouvoir depuis 1935, sont devenus arrogants, suffisants et avares à une époque de prospérité nationale, le Parti  progressiste conservateur du Canada et son nouveau chef fraîchement élu, John G. Diefenbaker, sont confiants qu'ils peuvent réussir une percée électorale.

Conscients que pour emporter l'élection il faut étendre l'attrait du parti au-delà de ses supporters traditionnels, les stratégistes Tory échafaudent leur campagne autour de John Diefenbaker qui se présente sous le slogan «Le temps est venu d'élire un gouvernement Diefenbaker ». Ceci se révèle très efficace. Diefenbaker, au port droit, aux yeux d'un bleu perçant, doté d'une énergie extraordinaire et de l'éloquence envoûtante d'un évangéliste, a un impact immédiat sur la campagne. Les Canadiens reprennent confiance en entendant ses promesses de respecter la procédure parlementaire, de lancer un programme de développement national, d'élargir les programmes de justice sociale et de renforcer  les droits de la personne au Canada.  La campagne des Progressistes conservateurs sur le terrain, qui bénéficie du soutien des premiers ministres conservateurs et de leurs machines politiques, est vitale. De plus, Diefenbaker se ménage l'appui du premier ministre de l'Ontario, Leslie Frost, s'assurant ainsi de remporter les sièges de cette province à la Chambre des communes.   

Le jour de l'élection, les Conservateurs provoquent un revirement historique en  remportant 112 sièges contre 105 pour les Libéraux, 25 pour le Parti social démocratique du Canada (PSDC), 19 pour le Parti Crédit social du Canada et 4 pour les indépendants. 

Le gouvernement Diefenbaker fait passer au Parlement une vague de lois progressistes qui augmentent le financement de l'aide sociale, des pensions et de l'assurance-hospitalisation. D'autres lois déposées par le gouvernement Diefenbaker fournissent des avances de fonds aux agriculteurs pour les céréales entreposées et des coupures d'impôts pour les Canadiens à faible revenu. 

Diefenbaker, qui souhaite former un gouvernement majoritaire, attend une occasion favorable pour déclencher une élection. Cela se produit le 20 janvier 1958 lorsque Lester B. Pearson, le tout nouveau chef du Parti libéral, se lève dans la Chambre des communes pour effectuer un amendement à une motion de crédits.  Déclarant que le gouvernement progressiste conservateur s'est aliéné la confiance des Canadiens, Pearson  demande qu'il démissionne et rende le pouvoir aux Libéraux. Diefenbaker réagit à cette tentative de reprise du pouvoir par les Libéraux par une attaque cinglante et, le 1er février 1958, le Gouverneur général accepte, à la demande de M. Diefenbaker, de dissoudre le Parlement.

Le développement national est le thème de la campagne de Diefenbaker. Le développement du Grand Nord, ou « La vision » comme dit Diefenbaker, exige d'importants investissements fédéraux dans l'infrastructure pour permettre le développement des ressources septentrionales tandis que les idéaux de « Un Canada » garantit que tous les Canadiens et toutes les régions du Canada partageront la prospérité nationale.   

La campagne de 1958 est unique dans l'histoire canadienne. Captivés par la vision de Diefenbaker et ses prouesses d'orateur, des milliers de Canadiens se pressent à ses rallyes. Ses discours sont constamment interrompus par des acclamations et, lors de plusieurs arrêts sur le chemin, des Canadiens tendent tout simplement la main pour toucher M. Diefenbaker. Le 31 mars 1958, la passion de la campagne se traduit pour les conservateurs de Diefenbaker par 53,7% du vote populaire et 208 des 265 sièges de la Chambre des communes, dont 50 des 75 sièges du Québec. Bien que les conservateurs de Brian Mulroney gagneront plus de sièges dans une Chambre des communes plus vaste lors de l'élection fédérale de 1984, la victoire de Diefenbaker en 1958 reste la plus grande victoire de l'histoire canadienne si l'on tient compte du nombre total de sièges de la Chambre.  

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