La Couronne au Canada
John Diefenbaker éprouve un profond respect pour la monarchie et il défendra avec passion le système parlementaire britannique pendant toute sa carrière politique. Toutefois, l'époque où il est Premier ministre (1957-1963) coïncide à une période pendant laquelle les liens avec la Grande-Bretagne s'érodent et où le Canada commence à se rapprocher des États-Unis. Malgré cela, son amour de la tradition britannique se manifeste dans bon nombre de ses politiques et lors de ses rencontres avec la Couronne.
Pendant tout son mandat de Premier ministre, des changements symboliques ont lieu dans la politique étrangère du Canada qui s'éloigne du Royaume-Uni. La crise du canal de Suez de 1956-1957 a constitué une faille dans les relations canado-britanniques, le Canada décidant de jouer le rôle de gardien de la paix dans le conflit avec l'Égypte plutôt que d'appuyer les troupes britanniques en guerre contre ce pays. Toutefois, du point de vue de l'économie, le gouvernement Diefenbaker fait pression, à ses débuts, pour élargir les accords commerciaux avec la Grande-Bretagne, afin de détourner jusqu'à 15% des dépenses commerciales du Canada aux États-Unis vers le Royaume-Uni. Si Diefenbaker avait espérer encourager la Grande-Bretagne à maintenir de solides relations commerciales avec les pays du Commonwealth, les accords finissent par s'avérer économiquement irréalisables pour le Canada et les négociations cessent.
La profonde loyauté que Diefenbaker éprouve envers la Reine en tant que chef d'État du Canada est particulièrement apparente pendant les visites de cette dernière. En 1957, année où Diefenbaker entre dans ses fonctions de Premier ministre, la reine Elizabeth II lit le discours du Trône et ouvre le Parlement le 14 octobre. C'est la première fois que des caméras de télévision font leur apparition dans la Chambre des communes et au Sénat car Diefenbaker tient tout particulièrement à ce que la CBC diffuse le discours dans tout le pays. Le voyage royal de 1959 lui apportera une autre occasion de prouver son allégeance envers la monarchie britannique et de raffermir son importance pour les Canadiens. La Reine visite le Canada pendant 45 jours avant de faire un bref séjour aux États-Unis, à titre officiel de reine du Dominion du Canada. Après la visite d'été de la reine, Diefenbaker recommandera personnellement un autre monarchiste constitutionnel fervent, Georges Vanier, pour le poste de gouverneur général - recommandation qui portera ses fruits.
Pour Diefenbaker, l'Unifolié est un drapeau qui manque de respect envers la tradition monarchique britannique et, pendant le Débat sur le drapeau, il maintient que seul le Red Ensign peut reconnaître adéquatement l'histoire du Canada au sein de l'Empire britannique. Son amour des symboles traditionnels de l'autorité britannique est bien connu des Canadiens. En 1964, Diefenbaker, qui est alors Chef de l'opposition, défend passionnément le Red Ensign, et s'oppose à l'Unifolié que propose le Premier ministre Lester B. Pearson.
Bien que les traditions représentées par la Couronne reçoivent historiquement l'appui des conservateurs, la majorité des politiques actuels craignent moins l'influence américaine au Canada. L'enthousiasme de John Diefenbaker pour la monarchie britannique en est venu à représenter un torysme du passé. De nos jours, au Canada, la plupart des conservateurs ont plus d'affinité avec l'Amérique qu'avec le Commonwealth et ses valeurs culturelles des années cinquante. Et pourtant, la place de la Monarchie au Canada a été réaffirmée dans la Loi constitutionnelle de 1982, qui a permis le rapatriement de notre constitution de la Grande-Bretagne. Tout changement à la position de la Reine ou à celle de ses représentants au Canada (le Gouverneur Général et les lieutenants-gouverneurs) requiert dorénavant le consentement unanime du Sénat, de la Chambre des communes et des assemblées législatives de toutes les provinces.










