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Tout au long de son mandat de Premier ministre, John Diefenbaker a tenté de déterminer si le Canada devait se pourvoir d’armes nucléaires. Le ministre canadien de la Défense, George Peakes, souhaitait voir le Canada intégrer sa défense aérienne à celle des États-Unis afin de présenter un front uni pour protéger les deux pays. C’est au début de 1957 que Diefenbaker approuve le Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord ou NORAD. Bien que cela constitue un engagement important, la décision est prise sans consulter le Cabinet ou le Comité de défense.  

Afin de répondre aux exigences de NORAD, le Canada envisage un investissement important pour améliorer sa technologie et ses ressources militaires. Jusque-là, la planification militaire s’est concentrée sur le développement de l’intercepteur Avro Arrow. Après un long débat, il est décidé que l’Avro Arrow est beaucoup trop coûteux et incapable de répondre de façon efficace aux besoins du Canada en matière de défense. Le projet est donc abandonné. Pour le remplacer, le gouvernement accepte d’établir une entente avec les États-Unis afin de partager les missiles sol-air Bomarc et de se servir du système semi-automatique d'infrastructure électronique américain (SAGE) – système destiné à suivre la trajectoire de tout avion ennemi et à l’intercepter.   

Le missile Bomarc est conçu exclusivement pour transporter une ogive nucléaire; il a donc fallu faire des arrangements pour que le Canada puisse se le procurer. Selon le ministre de la Défense nationale, Douglas Harkness, « il n’était pas raisonnable d’avoir le Bomarc sans l’ogive nucléaire ». En septembre 1958, la direction de la politique canadienne de défense indique que la nation a pleinement l’intention de se procurer des ogives nucléaires auprès des États-Unis.  

Les négociations sur les détails de l’entreposage, du transport des missiles nucléaires ainsi que sur l’autorité dont relève leur usage se heurtent à plusieurs obstacles. En mai 1961, le Président  John F. Kennedy rencontre  Diefenbaker à Ottawa. Au cours de cette rencontre, l’administration Kennedy souhaite insister sur la question de l’incorporation des missiles nucléaires à la politique de défense nationale du Canada. Le cabinet Diefenbaker est toutefois de plus en plus divisé au sujet de cette question, à savoir si on doit même se servir d’ogives nucléaires du tout.  

Le Canada s’oppose à la prolifération des armes nucléaires sur la scène internationale. Le nouveau secrétaire aux Affaires étrangères, Howard Green, tente donc de décourager l’utilisation de missiles nucléaires dans le cadre du plan national de défense puisque cela irait à l’encontre de sa politique étrangère. Pendant ce temps, Diefenbaker commence à recevoir des lettres et pétitions de citoyens canadiens qui partagent ce sentiment. Le cabinet n’arrive pas à prendre une décision ferme à ce sujet et la question reste donc en suspens bien que le public critique ce retard à prendre une décision.  

En 1963, le chef de l’opposition, Lester B. Pearson, un libéral, déclare son appui à l’achat d’armes nucléaires pour que le Canada puisse faire face à ses obligations dans le cadre des ententes avec l’OTAN et NORAD. Pearson exprime son inquiétude au sujet du rôle que le Canada a accepté de jouer, mais déclare que tant que la politique canadienne de défense ne serait pas modifiée, un gouvernement libéral respecterait ses engagements.

La tension monte au sein du cabinet Diefenbaker jusqu’au 3 février 1963. Ce matin-là, lors d’une rencontre du  Cabinet, le ministre de la Défense, Douglas Harkness, annonce que « le Premier ministre a perdu la confiance du peuple canadien, du parti, du Cabinet et la sienne ». Diefenbaker demande qu’un vote de non-confiance ait lieu. Lorsqu’il voit plusieurs de ses ministres rester assis, Diefenbaker va remettre sa démission au Gouverneur général. Il reste toutefois persuadé qu’il va rejoindre son Cabinet et rester Premier ministre. Le 6 février, à la Chambre des communes, son gouvernement tombe. Au cours de l’élection qui s’ensuit, les Libéraux l’emportent et forment un gouvernement minoritaire alors que Diefenbaker devient chef de l’opposition. Pearson conclut rapidement un accord avec les États-Unis pour obtenir des ogives nucléaires et en septembre 1963, il le présente à la Chambre des communes. Ironiquement, en janvier 1969, le gouvernement libéral de P.E. Trudeau ratifiera le Traité de non prolifération des armes nucléaires et les missiles seront progressivement éliminés. Aujourd’hui, le Canada est membre de toute organisation mondiale de désarmement et œuvre à faire disparaître les armes nucléaires.

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