Une Soroité Unie

Dues aux diverses opinions et croyances, la lutte pour le suffrage des femmes prit racine différemment dans chacune des provinces du Canada. Par conséquent, les réponses politiques furent également variées. Quelquefois, comme au Québec et au Nouveau-Brunswick, il y eut de nombreux débats et de l’opposition, tandis qu’en Saskatchewan, il y eut moins de résistance gouvernementale.

Dans les Prairies, les suffragettes-chefs de la Saskatchewan, du Manitoba et de l’Alberta coordonnèrent les campagnes. Grâce à leur unité et à leur lobbying constant, les suffragettes poussèrent les trois gouvernements provinciaux à accorder le droit de vote aux femmes, à trois mois d’intervalle. L’an 2016 marque le centenaire du suffrage des femmes en Saskatchewan.

D’autres provinces suivirent et, en 1920, les femmes obtinrent le droit de vote dans sept des dix provinces.

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- Provincial Archives of Saskatchewan (archives provinciales de la Saskatchewan), A1. Documents McNaughton. E18. Equal Franchise Board 1914-1918 (conseil de suffrage égal 1914 à 1918

Les Couleurs de la Lutte

Les suffragettes utilisèrent des couleurs spécifiques pour s’identifier et comme symboles du mouvement. Les « suffragettes » militantes britanniques portèrent le violet, le blanc et le vert. Quant aux États-Unis, de nombreuses suffragettes utilisèrent l’or et le noir, tandis que d’autres adaptèrent les couleurs britanniques pour une teinte verte, blanche et dorée.

Au Canada, le mouvement fut moins publiquement visible, et au cours de nos recherches auprès des experts, nous étions incapables de trouver de preuves définitives de couleurs spécifiques utilisées. Cependant, les militantes britanniques et américaines, dont certaines - comme la suffragette britannique, Emmeline Pankhurst – visitèrent
régulièrement le Canada, et auraient certainement inspiré leurs consoeurs.

Il est fort probable que les différentes combinaisons de couleurs, comme celles utilisées dans cette exposition, seraient apparues au Canada.

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- Emmeline Pankhurst, suffragette britannique, (au centre, en robe blanche avec un chapeau noir), en visite à Calgary. Glenbow Archives, na-1447-20os

Un Objectif Commun

Le mouvement suffragiste canadien commença véritablement à la fin du 19e et au début du 20e siècle. Motivées par les mouvements britannique et américain, les partisanes du suffrage des femmes au Canada, appelées « suffragettes», menèrent une campagne sur de diverses questions telles que la prohibition, l’égalité des sexes, les droits de propriété, de meilleures conditions de sécurité au travail, les soins médicaux et la justice sociale.

Malgré leur cheminement différent, les partisanes du suffrage au Canada, en Grande Bretagne et aux États-Unis partagèrent un but commun : Wle droit de vote des femmes.

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- Des suffragettes canadiennes défilent dans la Parade suffragiste à 1913. Autorisation: Domaine public

Des Actes, Pas de Paroles

Au début, les Britanniques suffragistes réclamèrent paisiblement le droit de vote. Cependant, étant donné le manque d’actions parlementaires significatives, quelques femmes, dirigées par la militante, Emmeline Pankhurst, formèrent une faction dissidente – le Women’s Social and Political Union. Elles s’appelèrent « suffragettes » pour se distancier de leurs soeurs suffragistes, et adoptèrent des tactiques militantes. Elles détruisirent, brulèrent et firent éclater des bombes sur des propriétés, provoquèrent des émeutes, s’enchaînèrent aux édifices, et tentèrent d’entrer de force dans la Chambre des communes. Le gouvernement britannique répliqua brutalement en frappant et en arrêtant les manifestantes, ainsi qu’en gavant celles faisant une grève de faim.

Inspirées par leurs soeurs suffragistes d’outre-mer, les Américaines les plus radicales formèrent leur propre organisme : le National Women’s Party. Bien qu’elles ne fussent pas aussi “belligérantes que leurs contreparties britanniques, ces femmes tinrent leurs propres manifestations publique, en occupant des lieux en signe de protestation ainsi qu’en faisant des grèves de faim.

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- Des Britanniques suffragistes en prison. Shutterstock 94679275
- Une suffragette en état d’arrestation, à une manifestation à la Maison-Blanche, en 1918. Shutterstock 242816698
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- Autorisation : Domaine public

Des Soeurs Par "La Cause"

Bien que plus calme et plus rapidement répandue, la lutte canadienne pour le suffrage des femmes fut tout aussi déterminée.

En Saskatchewan, dans une province fortement dépendante de l’agriculture, les coopératives offrirent aux femmes des occasions de s’engager en politique agraire. Ces agricultrices en assurèrent un leadership essentiel et se joignirent aux organismes urbains. Ensemble, ces « soeurs de la cause » devinrent de puissantes défenseures du suffrage provincial.

Violet McNaughton, chef-suffragette ainsi que directrice de coopératives, put réunir les femmes de partout en Saskatchewan. Avec d’autres chefs suffragettes, Violet rehaussa la conscience et le soutien du public en faisant la collecte de pétitions, en prononçant des discours, et en organisant des rallyes et des autres événements publiques. Sa persistance fut cruciale dans l’obtention du suffrage pour les femmes de la Saskatchewan.

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- Violet McNaughton, Zoa Haight et Erma Stocking de la Women Grain Growers’ Association (organisme d’éleveurs de céréales pour les femmes). Photographie LH-2145 avec l’autorisation de Saskatoon Public Library – Local History Room (bibliothèque municipale de Saskatoon – salle d’histoire locale)
- Des membres du conseil exécutif du Women Grain Growers’ Association (organisme d’éleveurs de céréales pour les femmes). Provincial Archives of Saskatchewan (archives provinciales de la Saskatchewan), R-B4482

Savoir, C'est Pouvoir

L’éducation joua un rôle majeur dans le mouvement suffragiste. Jusqu’aux années 1900, l’éducation formelle au-delà de l’école primaire fut limitée et difficile pour les femmes, en particulier en Saskatchewan rurale où les fermes étaient isolées et les exigences de la main-d’oeuvre furent saisonnières. Cependant, dès 1900, les écoles à
classe unique devinrent de plus en plus communes. Malgré cela, on s’attendait encore à ce que les filles devinrent d’éventuelles épouses et femmes au foyer, de sorte que l’éducation semblait moins importante pour elles que pour les hommes.

Dès les années 1850, dans les villes, des tuteurs privés oeuvrèrent auprès des classes moyennes et supérieures, et les collèges ou les universités furent accessibles et relativement progressistes. À l’Université de la Saskatchewan, par exemple, en 1907, on inclut l’égalité des sexes directement dans la Loi sur l’établissement de l’Université.

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- Des graduées de l’Université de la Saskatchewan. University of Saskatchewan Archives and Special Collections (archives et collections spéciales de l’Université de la Saskatchewan), A2628
- Violet McNaughton avec sa classe. Photographie LH-2152 avec l’autorisation de Saskatoon Public Library – Local History Room (bibliothèque municipale de Saskatoon – salle d’histoire locale)

Dans Un Monde Masculin

Bien que les femmes commençassent à profiter des possibilités d’éducation, on les découragea de poursuivre une carrière professionnelle. La plupart d’entre elles s’inscrivirent aux cours d’arts libéraux, obtenant une licence en sciences domestiques. 

Peu importe, l’enseignement supérieur fournit aux femmes des chances d’explorer des théories politiques, d’interagir avec leurs paires, et de remettre en question les rôles des sexes. Les diplômées formèrent des associations pour anciennes étudiantes où eurent lieu des discussions sur des questions sociales, telles que le suffrage.

Quelques femmes s’aventurèrent dans des disciplines à prédominance masculine comme la médecine. Elizabeth Scott Matheson fut une de ces femmes. Obtenant une licence du Women’s Medical College de Kingston, elle pratiqua la médecine à Onion Lake, en Saskatchewan. Le ministère des Affaires indiennes la nomma médecin fédéral auprès du peuple autochtone de la région.

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- Georgina King, à l’origine, la seule femme et membre de l’exécutif de la Arts and Science Literary Society (organisme littéraire des Arts et des Sciences). University of Saskatchewan Archives and Special Collections (archives et collections spéciales de l’Université de la Saskatchewan), ASM-96
- Elizabeth Scott Matheson. Provincial Archives of Saskatchewan (archives provinciales de la Saskatchewan), R-A17686-1