December/ décembre 1995
Abstracts/Résumés analytiques

Peruvian Politics and the Eight-Hour Day:
Rethinking the 1919 General Strike

David S. Parker

The general strike for the eight-hour day (13-15 January 1919), has long been considered the founding moment of Peru's labour movement. Central to the heroic mythology of the strike is the belief that the government capitulated to the workers' demands reluctantly, in the face of an overwhelming show of resolve and solidarity. This paper offers a major revision of that view, arguing that while the strike was a great tactical success, historians have overlooked the reasons why President Pardo chose to negotiate with workers and decree the eight-hour workday.

1) A significant and growing circle of elites had come to view the adoption of "advanced," European social legislation as a way to "improve" Peru's working class and foster the country's development. They saw the eight-hour day as a reasonable demand, in keeping with precedents set in the so-called "civilized countries." 2) Momentary political concerns played a crucial role in President Pardo's decision, as his Partido Civil sought to counter growing working-class support for the imminent opposition candidacy of Augusto B. Leguia. 3) Most importantly, the textile factories most affected by the strike did not object to the principle of the eight-hour day. Because they paid piecework rates rather than day-wages, reducing the hours of labour did not alter their costs per unit of production. In retrospect, therefore, the eight-hour day was hardly the overwhelming victory it first appeared to be, and the workers' misreading of what had happened led them to overestimate their strength, setting the stage for a shattering defeat later that year.

On a longtemps considéré la grève générale pour la journée de travail de huit heures (13-15 janvier 1919) comme ayant été l'instrument pivotal de l'arrivée du mouvement travailliste péruvien. Au centre de la mythologie héroïque de la grève, on retrouve la croyance que le gouvernement, face à une manifestation écrasante de la détermination et de la solidarité des travailleurs, accéda à contrecoeur à leurs demandes. Cet article apporte une révision importante de ce point de vue. Nous affirmons que, quoique la grève eut un large succès tactique, les historiens négligent les raisons pourquoi le président Pardo choisit de négotier avec les travailleurs et décréta la semaine de travail de huit heures.

1) Un cercle important et grandissant d'élites en était arrivé à regarder l'adoption de législation sociale "avancée" de l'Europe comme un moyen d'améliorer la classe ouvrière du Pérou et de stimuler le développement du pays. Ils jugèrent raisonnable la revendication d'une journée de travail de huit heures, compte tenu des précédents mis de l'avant par les pays dits "civilisés." 2) Des inquiétudes politiques passagères jouèrent en rôle important dans la décision du président Pardo alors que son Partido Civil tenait d'amenuiser l'appui de la classe ouvrière à l'imminent candidat de l'opposition Augusto B. Leguia. 3) Et plus important encore, l'industrie des textiles qui était la plus touchée par la grève n'avait aucune objection au principe de la journée de travail de huit heures. Parce que les manufactures payaient des salaires au morceau plutôt qu'à la journée, une réduction des heures de travail ne modifierait pas leurs coûts de production par unité. Rétrospectivement, par conséquent, l'acquis de la journée de travail de huit heures ne mérita pas d'être reconnu comme une victoire écrasante telle qu'elle sembla l'être au début et la mal interprétation par les travailleurs de ce qui s'était passé, les amena à surestimer leur force et orchestra leur défaite écrasante plus tard dans l'année.


U.S. and Soviet Policies towards France's Struggle with
Anticolonial Nationalism in North Africa

Yahia H. Zoubir

Decolonization of French North Africa in the aftermath of WW II confronted the United States and the Soviet Union with a formidable dilemma. For dissimilar reasons both needed to maintain good relations with France. For the U.S., preserving the cohesion of the Atlantic alliance was paramount, whereas for the U.S.S.R. eliciting French support in countering the rearmament of Germany and its integration into NATO was of greater importance than endorsing the cause of the Maghrebi nationalists. The U.S.S.R. and the U.S. ended up sanctioning the preservation of French presence for fear that the power vacuum would help the rival superpower establish its hegemony in the region. Yet, while both sought to appease France, they also wished to gain the friendship of the nationalist movements opposed to it. Whilst the Soviets sought to prevent the nationalists from being swayed by the western bloc, Americans endeavoured to move them towards self-rule under western leadership to guarantee the establishment of moderate regimes amenable to the west. As a consequence, in order to achieve their respective objectives, the U.S. and the U.S.S.R. ended up pursuing similar policies aiming at reconciling contradictory goals to protect their strategic, political, and economic interests. The Algerian war of independence created the greatest challenge to the Americans and the Soviets. America's Eurocentric approach to decolonization proved detrimental because constant support for France during the Algerian war without any fundamental shift in policy towards the nationalists, even when the outcome had already been decided, allowed the Soviets, who provided material and political backing, to succeed in establishing close ties with postindependence Algeria. This article, based on recently declassified material, analyses the policies of both superpowers and highlights the predicament they faced in dealing with decolonization. Further, it fills the conspicuous gap in the literature on the roles played by the superpowers in the Maghreb region after WW II.

La décolonisation de l'Afrique du Nord française engendra un dilemme considérable pour les Etats-Unis et pour l'Union soviétique. Pour des raisons différentes, les deux souhaitaient garder de bonnes relations avec la France. Pour les Etats-Unis la préservation de la cohésion de l'Alliance atlantique prenait un caractère primordial tandis que pour l'URSS un soutien français pour contrecarrer les desseins de réarmement de l'Allemagne et de son intégration dans l'OTAN était plus vital qu'un quelconque appui pour la cause nationaliste maghrébine. Les Etats-Unis et l'URSS avaient préféré la continuation de la présence française plutôt qu'une absence de pouvoir qui eût permis à la puissance rivale d'établir son hégémonie dans la région. Cependant, les deux désiraient simultanément gagner les bonnes grâces des mouvements nationalistes en lutte contre la puissance coloniale. Alors que les soviétiques visaient à empêcher l'emprise du bloc occidental sur les nationalistes, les américains s'efforçaient de les guider vers l'autonomie pour permettre la naissance de régimes modérés pro-occidentaux. Par conséquent, les Etats-Unis et l'URSS ont suivi des politiques similaires ayant pour but de concilier des objectifs contradictoires pour concrétiser leurs intérêts stratégiques, politiques, et économiques. La guerre d'Algérie posa un véritable défi pour les Deux Grands. L'approche eurocentriste de l'Amérique envers la décolonisation fut préjudiciable en raison du soutien constant qu'elle apporta à la France coloniale sans jamais opérer de changement fondamental à l'égard des nationalistes même lorsque l'issue de la guerre était certaine. Cet appui infaillible à la France permit ainsi à l'URSS, qui avait accordé prudemment une aide matérielle et morale aux nationalistes, d'en tirer profit et d'établir des rapports étroits avec l'Algérie indépendante. Cet article basé sur des documents déclassifiés récemment analyse les politiques poursuivies par les deux superpuissances et met en relief la situation difficile à laquelle elles étaient confrontées face au problème de décolonisation. De plus, il se veut un apport à la recherche encore restreinte qui existe sur les rôles respectifs joués par les Etats-Unis et l'URSS au Maghreb après 1945.


Henry Wilson's Mischief:
Field Marshall Sir Henry Wilson's Rise to Power 1917-18

Brock Millman

Henry Wilson rose from being, in the summer of 1917, a general who had failed to distinguish himself in the war to become the Chief of the Imperial General Staff, in the spring of 1918. He rose because he was confident that he alone amongst his fellows understood the correct path for Britain to follow if it were to avoid disaster in the war; but also because by his political intriguing he ensured that Lloyd George could not ignore him. An understanding of the process by which Wilson became C.I.G.S. is important not only because it helps us to reach a better understanding of a general important in his own right, but also because the Wilson intrigue was a crucial part of Lloyd George's battle with the generals, and an excellent illustration of the kinds of considerations which often underlie crucial decisions in time of war.

Pendant l'été de 1917, Henry Wilson, un général qui n'avait pas réussi à se faire distinguer durant la guerre, fut élevé au rang de chef d'état-major général impérial au printemps de 1918. Il s'éleva parce qu'il était persuadé que lui seul, parmi tous ses compatriotes, comprenait la voie correcte que devait suivre la Grande-Bretagne pour éviter un désastre pendant la guerre. De plus, ses intrigues politiques firent en sorte que Lloyd George ne pouvait pas l'ignorer. Il est important de comprendre le processus par lequel Wilson devint chef d'état-major, non seulement parce que cela nous aide à mieux connaître un général qui fut important par lui-même, mais aussi parce que l'intrigue de Wilson joua un rôle crucial dans la lutte que Lloyd George faisait avec les généraux. De plus, cette intrigue est une excellente illustration du genre de considérations qui souvent entrent en cause dans la prise de décisions critiques en temps de guerre.

 

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